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  Home > Articles > Yoga : Science de l'intégration > Un « cours » après le cours (chapitre 12)

12. Pratiquer et Apprendre

Quelle est la différence entre « pratiquer » et « apprendre » ?

Voyez-vous, le plus souvent, quand nous pratiquons, nous continuons à apprendre. Nous ne «pratiquons» pas. C'est à dire que nous voulons en faire toujours plus, qualitativement et quantitativement. Notre concept de pratique n'est pas juste, car alors même que nous pratiquons, nous essayons d'apprendre pour voir si nous pouvons en faire toujours plus qualitativement et quantitativement. Si j'ai fait, ces derniers jours, Janu Sirshasana pendant deux minutes, est-ce que je peux faire trois minutes? Je pratique Sirshasana dix minutes, est-ce que je peux passer à quinze minutes ? Et c'est ainsi que nous faisons nos soi-disant  pratiques. Cela signifie que même dans nos pratiques, nous essayons d'en faire de plus en plus et d'aller toujours au-delà, en ce qui concerne le degré de la posture : plus de Janu Sirshasana, plus d'étirements vers l'avant, plus de «back-arch», en creusant de plus en plus le dos, en augmentant les étirements, la rotation ? C'est ainsi que nous essayons d'intensifier nos postures dans nos soi-disant pratiques.

La question est : qu'est-ce que la pratique ? La pratique c'est quelque chose que vous faites, d'après ce que vous avez appris et vous n'êtes pas censés apprendre pendant que vous pratiquez. Quand vous demandez à un enfant d'apprendre quelque chose, vous lui dites : «tu apprends ceci, c'est ce qui t'est enseigné ; cette leçon qu'on t'a enseignée, tu dois l'apprendre maintenant !». Qu'attendez-vous de lui ? Qu'il apprenne la leçon ou le poème par c?ur. Lorsque nous pratiquons, c'est pareil, nous sommes censés pratiquer ce que nous connaissons et non pas explorer ou essayer d'en découvrir plus que ce que nous savons. C'est là le véritable sens de la pratique.

Pratiquer c'est faire quelque chose qui se rapporte à ce que vous connaissez et vous ne pouvez pas pratiquer quelque chose que vous ne connaissez pas. Si on ne vous enseigne pas un certain asana, par exemple Viparita Shalabhasana, vous ne pouvez pas le pratiquer. Vous pratiquez ce qu'on vous a enseigné. C'est ainsi que vous devriez comprendre ce concept de pratique. Vous devez faire en sorte de pratiquer de temps en temps sans rien faire de plus. Vous apprenez, comme on apprend par c?ur, comme un enfant qui apprend par c?ur une leçon, un poème. C'est ce que vous êtes censé faire. L'un des aspects de la pratique est que vous ne devriez pas apprendre pendant que vous pratiquez. Et donc vous devez essayer de faire cette posture, quoiqu'il vous ait été enseigné, de telle façon que vous réduisiez l'effort, l'excès de déploiement d'effort et d'énergie motrice. Supposons que votre professeur vous enseigne Trikonasana. Maintenant, quelle est la somme d'efforts qui a été investie ? Quelle impulsion (input) ? Combien a été mis en ?uvre ? Quel effort physique ? Quel effort mental ? Quel effort de volonté ? Dans les cours, nous disons « tournez davantage, étirez davantage !» et vous continuez à le faire. C'est ce que vous avez appris. Maintenant, quand vous pratiquez, vous devriez savoir : quelle impulsion (input) a été nécessaire hier ? A présent, est-ce que je peux exécuter la posture au même degré avec moins d'efforts ? Est-ce que je peux agir habilement de telle sorte que je n'aie pas besoin de mettre en ?uvre autant de moyens ? Si j'ai transpiré abondamment hier dans ce Trikonasana, est-ce que je peux faire aujourd'hui en transpirant moins, demain sans transpirer du tout et après-demain dans une relaxation totale?  C'est la maturité dans la posture. Vous devez atteindre la maturité dans la posture.

Patanjali dit : «Prayatna saithilya ananta samapattibhyam» (Yoga Sutra, II,47)

«La perfection dans l'asana est accomplie lorsque l'effort d'exécution devient sans effort et que l'être infini qui est en nous est atteint » (B.K.S. Iyengar, Light on Yoga-Sutras of Patanjali)

Ce qui signifie que l'effet des asanas devrait être tel qu'il y ait cessation de l'effort. Pourtant, quand vous pratiquez, vous n'introduisez pas cet aspect. Il n'est même pas question de cessation puisque, sans arrêt, vous lancez une impulsion d'action - vous essayez de faire plus, encore plus et toujours plus - jusqu'à ce que vous transpiriez, jusqu'à ce que vous soyez épuisé ou complètement à bout. C'est comme ça que vous faites. Et bien sûr, ce n'est pas pratiquer.

Car la chose la plus importante, dans la pratique, c'est ceci : «Est-ce que je peux faire avec moins d'effort, avec une coordination et une intégration appropriées ?» Quand vous avez une coordination et une intégration appropriées, naturellement l'effort est moindre. Si vous gagnez en maturité, l'effort est moindre. Tant que vous êtes immature, vous ne faites pas de gestion correcte de votre travail. Il n'y a aucune gestion de l'effort. Vous devriez pratiquer de façon à construire votre maturité de sorte que vous puissiez faire la même posture avec moins d'effort, de moins en moins d'effort, et finalement sans aucun effort.

Chaque degré de la posture devrait être mûri de cette façon. Et pour mûrir ne croyez pas que vous devriez attendre d'avoir atteint le point le plus élevé de la posture, ce que j'ai, très souvent, appelé le «point B.K.S.» de la posture. Vous ne pouvez pas visualiser une meilleure posture que celle-là : les photos qui sont sur les murs un peu partout ici et dans  Lumière sur le Yoga . Par exemple, Kapotasana, quand vous voyez le Kapotasana de Guruji, c'est le but à atteindre pour vous. Mais vous ne devriez pas attendre d'être arrivé à ce niveau pour mûrir, parce qu'il se pourrait aussi que vous n'y arriviez pas. Pourquoi non ? Je ne suis pas pessimiste en disant que vous n'y arriverez pas. C'est la réalité.

Et donc, à chaque degré de la posture, vous devez consolider, vous devez mûrir. N'attendez pas pour mûrir d'avoir atteint le plus haut point de la posture. Chaque étape devrait être murie. L'autre jour, j'en ai parlé en cours - quand vous prenez un morceau, tant qu'il est dans la bouche, vous n'en prenez pas un second. Vous le laissez descendre dans votre gorge avant d'en prendre un autre. Vous ne vous étouffez pas, sauf si vous êtes fou ou si vous êtes pressé, que vous craignez que quelqu'un n'arrive et ne vous voie, alors vous essayez de manger comme les oiseaux qui avalent, avalent, pour manger plus tard. Mais ce n'est pas la bonne façon de faire. Tant que vous avez un morceau dans la bouche, vous n'êtes pas censé prendre un second morceau. Vous devez le mâcher, puis l'avaler avant de pouvoir en prendre un autre.

De même, à chaque fois que vous faites vos postures, vous prenez un morceau de la posture quand vous étudiez. Assimilez-le, digérez-le, laissez-le pénètrer dans votre système, dans votre sang et ensuite, améliorez votre Trikonasana.

Nous ne nous occupons pas de consolider chaque étape. Nous voulons toujours aller plus loin et de plus en plus loin? C'est ainsi que notre pratique n'est pas vraiment une pratique.

Mais il y a un autre aspect de la pratique, où vous êtes censé apprendre, essayer d'aller au-delà, d'essayer de vous surpasser encore et encore? parce que cela va améliorer votre niveau. Et à chaque fois vous devriez juste essayer de mûrir vos postures à un certain stade sans aller plus loin. Vous ne vous qualifiez pas. Vous n'allez pas plus loin.

Votre pratique devrait donc se diviser ainsi : une partie de la pratique, où vous consolidez, digèrez la posture et la faites pénètrer dans votre sang et dans vos cellules, un deuxième aspect de la pratique, où vous devez travailler dur et lutter pour atteindre le degré suivant de la posture.


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