Vous avez fait la distinction entre « faire en pensant » (thinkingly doing) et «faire en réfléchissant» (thoughtfully doing). Pouvez-vous nous l'expliquer ?
Le processus de l'apprentissage contient un mode de pensée mais il est différent : « Comment pourrais-je faire plus ? Où pourrais-je faire plus ? Quand pourrais-je faire plus? Comment faire plus ? » Vous êtes en train de penser même en apprenant. Et c'est pour cette raison que je dis qu'il existe deux processus différents : «faire en pensant» (thinkingly doing) et «faire en réfléchissant» (thoughtfully doing).
Quand vous faites Trikonasana en pensant, vous vous tracassez sans arrêt au sujet de ce pied, de l'autre pied, de cet orteil, de cet autre orteil, de cette cheville, de l'autre cheville, de ce bas de jambe, de l'autre bas de jambe. Vous êtes sans arrêt en train de penser : «est-ce que j'ai fait ce qu'il fallait ici, est-ce que j'ai fait ce qu'il fallait là ?», des orteils au bout des doigts des mains. Il existe des millions de points et vous continuez à interroger ces millions de points : vous êtes constamment en train de sauter d'une articulation à l'autre, d'un muscle à l'autre, d'un os à l'autre, et cela, c'est faire en pensant. Vous mentalisez, mais vous ne faites pas de façon réfléchie. «Faire en réfléchissant» c'est un état réflexif, «faire en pensant» c'est un état mental. Ce n'est pas un état réflexif.
Donc, quand vous apprenez, vous devez penser : il ne s'agit pas de faire de façon irréfléchie. Vous devez penser quand vous apprenez. J'ai aussi expliqué que lorsqu'on vous enseigne, dans un cours, vous devriez penser à ce qui est dit et à la façon dont vous pouvez l'exécuter. Si le professeur vous dit «ouvrez le sternum», vous devriez savoir comment ouvrir le sternum, ce qu'il faut faire pour ouvrir le sternum. Là aussi, vous devez penser. Mais c'est un processus de pensée différent ; c'est un processus de pensée axé davantage sur la transmission motrice, lié à l'activité motrice.
Tandis qu'ici, dans la réflexion, lorsque vous agissez de façon réfléchie, il est relié à l'activité psychique. De toute façon, votre pratique devrait, fondamentalement, se diviser en deux : apprendre et consolider. Quand vous apprenez, quand vous pratiquez pour consolider, c'est pour développer la maturité et pour obtenir la crème de la posture. Et chaque degré de la posture a quelque chose à vous offrir. Ne croyez pas que vous deviez attendre d'avoir atteint le point ultime de la posture pour en recueillir le fruit. Non.
À chaque niveau, l'asana a quelque chose à offrir. Même si vous êtes en Janu Sirshasana et que vous n'arrivez pas à amener votre tête sur votre jambe, la posture vous offre quand même quelque chose. Ne croyez pas que tout votre corps devrait être aplati sur votre jambe, et que vous devriez attraper vos avant-bras ici ou là, pour obtenir les effets de Janu Sirshasana. Car chaque degré de la posture vous offre quelque chose. N'attendez pas d'avoir atteint le «degré B.K.S.» de la posture pour en recueillir le fruit, parce qu'à chaque degré vous pouvez atteindre le fruit. Vous n'avez pas besoin d'attendre d'avoir atteint le niveau de la perfection de l'asana, comme dans Lumière sur le Yoga, pour en recueillir le fruit. A chaque niveau, le fruit était mûr. Essayez donc plutôt de goûter le fruit de chaque posture, à chaque degré de la posture.
|   Discussion Forum · Articles · Newsletter · Books · Videos |