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  Home > Articles > Yoga : Science de l'intégration > Notre vraie nature (chapitre 3)

3. Notre vraie nature

Quelle est notre vraie nature ? Il semble que nous ayons deux natures : notre nature profonde, le Soi et une sorte de nature liée à notre histoire, à notre personnalité, aux implications karmiques. Comment gérer cela et éviter de créer de nouveaux n?uds, tout en recherchant la liberté ?

Il n'y a pas deux natures. La Bhagavad Gîta dit quelquepart [ 4 ] : « svabhava adhyatma utchate ». Svabhava signifie «nature». «Notre nature est  adhyatma» : «Notre nature, c'est notre nature spirituelle». Tout le reste n'est que garniture. Ceci n'est pas votre nature, ce sont vos vêtements. Un jour vous pouvez porter n'importe quel vêtement, un jour un sari, le lendemain, un pantalon. Mais est-ce pour autant votre nature ? Ce n'est pas votre nature.

Peut-être cela la reflète-t-elle ?

Vous pouvez changer de vêtements, même au dernier moment.

Je choisis toujours le même type de vêtements.

Qu'importe, est-ce pour autant votre nature ? Ce n'est qu'une garniture. Ce n'est pas vous. Votre nature, c'est vous-même en vous. Ceci n'est pas votre nature. En dehors de l'âme, tout est garniture.

Mais la garniture prend toute la place dans la conscience.

C'est vrai, mais ceux qui prêtent attention qu'à l'habillement, ceux qui se tracassent pour leur élégance et leur beauté extérieure, comment les considérez-vous ? Ce n'est que superficialité et extravagance, n'est-ce pas ? Si quelqu'un s'occupe de ses ornements comme si c'était sa personnalité, vous saurez que cette personne ignore qui elle est puisqu'elle se confond avec son apparence extérieure.

Votre corps, votre esprit, votre intelligence, vos émotions constituent vos vêtements, mais ce n'est pas vous. Ce ne sont que des accessoires, puisque si vous vous changez et mettez un sari, cela ne va pas vous changer. Vous resterez la même. De la même façon, ces vêtements, les différentes gaines, physique et mentale, sont comme des vêtements pour l'âme, et en aucun cas notre vraie nature. Votre esprit n'est pas votre nature, parce qu'il dépend des conditions, de la situation dans lesquelles vous vous trouvez et qui lui donnent la forme qu'il prend. L'esprit est donc conditionné par tous ces facteurs. C'est pour cette raison que j'ai créé le concept de «psychologie de l'esprit». Personne ne connaît la «psychologie de l'esprit», parce que nous nous identifions tellement avec l'esprit que nous pensons que nous sommes l'esprit. Lorsque l'esprit est triste, vous êtes triste et s'il est heureux, vous êtes heureux. Vous ne dites jamais : «mon esprit est triste mais je suis heureux !» ou « mon esprit est heureux mais je me sens triste ! » Vous ne le direz jamais. Cela n'arrivera jamais, parce que nous nous identifions tellement à lui.

Mais bien que nous nous identifions à lui, les deux ne font pas un. Lorsque je parle de «psychologie de l'esprit» et je le fais très souvent, tout le monde est intrigué. Personne ne comprend ce que c'est, parce que la psychologie n'appartient qu'à l'esprit. La psychologie elle-même est l'esprit. Mais nous parlons de psychologie de masse, de  psychologie de l'enfant  ou de  psychologie de la femme. Quand nous disons qu'il s'agit de psychologie infantile, cela signifie que cette personne se comporte de façon atypique; on parle de psychologie infantile  parce que cette personne se comporte comme un enfant. Sur le plan de l'âme, elle n'est pas un enfant, mais elle se comporte comme un enfant. Qu'entend-on par psychologie de masse  ? Que les individus se comportent de façon atypique selon ce qu'ils sont : pris isolément, ils ne seront pas des fauteurs de trouble, mais s'ils se joignent à la foule, ils deviendront violents et se comporteront donc de façon atypique.

Selon la psychologie de la femme, étant une femme, vous vous comportez de façon atypique au plus profond de votre être. De même que dans la foule nous nous comportons de façon atypique, de même, selon la psychologie féminine, vous vous comportez de façon atypique car, bien que vous comportant en femmes, vous n'êtes pas des femmes.Vous n'êtes pas essentiellement une femme. Je ne suis pas, essentiellement un homme.

Essentiellement, personne n'est un enfant. Personne n'est un homme. En ce sens, personne n'est personne. Pourtant nous nous comportons ainsi. C'est pourquoi l'on parle de psychologie de l'homme, de la femme, de l'enfant ou de l'étudiant. Que signifie la psychologie de l'étudiant ? Qu'une foule d'étudiants se comporte de façon atypique, en tant qu'étudiants, ce qu'ils ne sont pas individuellement. Ils ne sont pas ainsi, mais en rejoignant un groupe d'étudiants, ils se comporteront de cette façon.

Il y a aussi la «psychologie de l'esprit». Vous vous dites souvent : «Pourquoi ai-je dit cela ?» ou «Pourquoi ai-je pensé ainsi ?» Cela signifie que l'esprit a pensé d'une façon selon laquelle vous ne vouliez pas penser. C'est votre esprit qui a réagi d'une façon atypique par rapport à vous. C'est pourquoi vous vous dites : «J'ai été stupide, à ce moment-là ! Mon esprit est vraiment stupide !»

Cela signifie que vous êtes intelligent mais que l'esprit est stupide, que vous êtes noble et magnanime mais que l'esprit est mesquin. L'esprit a donc sa propre psychologie : il se comporte différemment selon les situations et les conditions. Prenons un exemple : quand vous êtes avec vos enfants, vous vous comportez en mère, avec vos amis, en ami, avec vos professeurs, en étudiant, en disciple, tandis qu'avec vos élèves, vous vous comportez comme un enseignant.

Maintenant, dites-moi, êtes-vous essentiellement un enseignant, un élève, une épouse, une s?ur, un frère ou un ami ? Vous n'êtes aucun d'eux. Votre esprit prend telle ou telle forme, selon les situations et vous devenez une mère, une s?ur, une amie, un professeur ou un élève. En réalité, vous n'êtes aucun d'eux. Vous vous comportez envers vos enfants comme une mère et à nouveau de façon atypique envers vous-même. En tant qu'étudiants, vous comporter en professeur va dépendre de conditions particulières, et là encore, vous vous comportez de façon atypique (comme professeur) : bien que n'étant pas professeur, vous vous comportez, cependant, en professeur.

Ainsi, l'esprit, comme le mercure, comme l'air ou l'eau, prend diverses formes et apparences. L'eau n'a pas de forme propre, mais quand elle est dans ce verre ou dans cette bouteille, elle en prend la forme. Elle n'a pas de forme propre. Le feu non plus, mais il prend la forme de son contenant. De la même façon, notre esprit n'a pas de forme propre. Il n'existe en soi aucun esprit féminin, masculin, enfantin ou humain, ni animal. Cela dépend uniquement de la manifestation, qui est comme un récipient et qui n'est donc pas sa nature essentielle. Supposons que j'aie un ballon en forme d'éléphant. Je le gonfle et il prend la forme d'un éléphant. Allez-vous en déduire que l'air est comme un éléphant ou qu'il a la forme d'un éléphant ? Si le ballon est carré, direz-vous pour autant que l'air est carré ? Non. De la même façon, l'esprit prend différentes formes ; mais vous, vous n'avez ni forme, ni apparence, ni classe, ni croyance, ni sexe, ni statut, ni position, et ainsi de suite. Essentiellement, vous n'avez rien de tout cela, parce que ce sont vos ornements. Ainsi, l'esprit n'est pas votre nature parce que vous n'êtes pas l'esprit. Il n'y a pas deux natures. Il n'y a qu'une seule nature : «svabhavam adhyatma utchate», c'est la définition qu'en donne la Bhagavad Gîta. «Svabhavam» est notre nature propre, qui est «adhyatma», l'aspect central de votre âme (episoular), c'est vous.

Que voulez-vous dire par « episoular » ?

«Episoular» signifie «ce qui appartient à» ou «ce qui est le centre de», le «centre». En anglais, il y a un mot erroné pour «adhyatma», c'est «spiritualisme». Le mot sanskrit est «adhyatmic» ; «adhy» est un préfixe, «adhyatmic» signifie «qui appartient à l'âme». Tout ce qui appartient à l'âme est spirituel. Ainsi, dans votre nature, ce qui appartient à l'âme est votre nature. Parce que l'âme est inexprimable. Tout ce qui appartient à l'âme est votre nature. Et quelle est-elle ? Indestructibilité, immuabilité. Aucune altération : vous ne changez pas, l'âme ne change pas. L'absence de changement, l'immuabilité, l'indestructibilité de l'âme, c'est cela notre nature. Vous n'avez ni classe sociale, ni croyance, ni sexe, ni statut, ni position personnelle. C'est ce que vous êtes.

Comprenez ce que vous êtes. Qui êtes-vous dans le sommeil ? Lorsque vous êtes dans un état de sommeil profond, êtes-vous un homme ou une femme ? Êtes-vous une s?ur ou un frère ? Un fils ou une fille ? Un père ou une mère ? Un empereur ou un mendiant ? Dans le sommeil, l'empereur n'est pas l'empereur, ni le mendiant mendiant. Le sommeil est le grand égalisateur. C'est le grand égalisateur, parce que, dans le sommeil, vous laissez de côté tous vos ornements et c'est pourquoi vous n'êtes personne pour personne. Vous n'êtes rien ni personne pour personne pour qui que ce soit.

Dans le sommeil, la mère n'est pas mère. On dit qu'une mère prend soin de son enfant, que l'enfant est la vie même de la mère. C'est ce qu'on dit. Mais alors, comment la mère peut-elle abandonner son enfant et s'endormir négligemment ? Elle ne fait absolument pas attention ; quand l'enfant dort sur le côté, elle s'endort sans plus se préoccuper de l'enfant ni de ce qui pourrait arriver. Pourtant n'importe quoi peut arriver. Comment cette mère peut-elle aller se coucher ainsi ? Notre adhyatma nous dit qu'il n'existe qu'un père et qu'une mère : la Divinité. La mère sait qu'il y a une Mère pour prendre soin de son enfant qui peut ainsi s'endormir sur son sein. Elle s'endort donc sur le lit, au côté de son enfant, sans se préoccuper davantage. Parce que dans le sommeil, la mère n'est plus mère, le père n'est plus père.

Il y a un très beau passage dans la Brhad Aranyaka Upanishad : «Atra pita apita bhavati, mata amat?» [ 5 ], «Dans le sommeil, le père n'est plus père, la mère n'est plus mère, la brute n'est plus une brute, le saint n'est plus un saint ?»

C'est pourquoi votre nature est quelque chose qui n'a ni classe, ni croyance, ni sexe, ni statut, ni position personnelle. C'est ce que vous êtes. C'est votre nature.


[ 4 ] Bhagavad Gîta, VIII,3

[ 5 ] «Là, le père n'est pas père, la mère n'est pas mère, les mondes ne sont pas mondes, les dieux ne sont pas dieux, les Vedas ne sont pas Vedas. Là, le voleur n'est pas voleur, l'avorteur n'est pas avorteur, l'intouchable n'est pas intouchable, l'homme de basse caste n'est pas de basse caste, le religieux errant n'est pas religieux errant, l'ascète n'est pas l'ascète ; ni bien ni mal ne le lie aux actions ; car il est alors par-delà toutes les souffrances du c?ur.» Bhrad Aranyaka Upanishad, IV,3,22.


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