Il y a toujours cette question sur la nature. Dans le Kaivalya Pada, il est dit que les gunas se retirent d'eux-mêmes lorsqu'ils ont rempli leur rôle, mais nous les ressentons plutôt comme des obstacles, et non comme des aides.
(«Ayant rempli leur rôle, les qualités de la nature cessent leur incessant processus de transformation et se mettent au repos» Yoga Sutra IV, 3.)
Voyez-vous, les gunas et la prakrti ont deux raisons d'être, deux buts distincts. Il en est question dans le Chapître II. Dans le sutra 18, il y a une définition de la prakrti : «La nature, avec ses trois qualités, les éléments, l'esprit, les sens de perception, les organes d'action, existent éternellement pour servir le Témoin spirituel pour sa jouissance (bhoga) ou son émancipation (apavarga)».
La matière existe pour servir deux buts : l'un est de vous apporter apavarga, l'émancipation et l'autre est de vous donner bhoga, l'expérience et le plaisir. D'un côté, l'attachement, de l'autre, les instruments de votre libération. La prakrti travaille donc dans deux directions, selon la façon dont vous l'utilisez.
La prakrti n'est ni totalement mauvaise, ni totalement bonne. Elle doit servir ces deux buts. Pourriez-vous avoir du plaisir ou du contentement dans votre vie sans aucune expérience ? Vous voulez que l'expérience fasse partie de votre vie. Vous direz même : «Je veux les plaisirs, les désirs, les succès et la fortune. Je ne veux ni les échecs, ni l'infortune, ni les ennuis ni rien de négatif». Mais vous voulez l'expérience, sous une forme ou une autre. Comme le feu, par exemple : le feu n'existe pas seulement pour vous brûler mais aussi pour vous réchauffer et cuire vos aliments. Le feu n'est bon ou mauvais que par rapport à l'usage que vous en faites.
De même, la prakrti n'est bonne ou mauvaise que par rapport à la façon dont vous vous en servez. Si vous dites : «Je veux ce qui est bon», avec ce qui est bon, vous devez accepter ce qui est mauvais. Mais, pour cette raison, personne ne peut rejeter totalement l'expérience. Aucun être humain ne va dire : «Je ne voudrais faire aucune expérience !» Personne ne dira : «Je voudrais être aveugle, muet, sourd ou paralysé. Je ne devrais avoir ni jambes, ni mains, ni yeux, ni oreilles». Existe-t-il un être humain qui aspirerait à un tel état ? En fait, vous voulez avoir des yeux et des oreilles, une bouche, des jambes, des mains, un corps pour éprouver des sensations. Ainsi, la prakrti est là pour vous donner l'expérience et aussi pour vous donner prashantkyena, la forme la plus haute de l'intelligence, viveka, la discrimination, la sagesse, etc.
Vous ne pouvez pas dire : «L'esprit est un problème pour moi, je ne devrais pas avoir d'esprit du tout». Sans l'esprit, vous n'aurez ni la paix ni la tranquillité. Et finalement, vous dites : «Je veux la paix. Je veux la tranquillité», n'est-ce pas ? Mais cela signifie que vous acceptez l'esprit, que vous voulez l'esprit. Sans l'esprit, il ne saurait être question de paix. Souvent, lorsque vous êtes à l'agonie et que vous avez des tas de problèmes, vous dites : «L'esprit est un problème pour moi. Mon esprit est un problème. Je ne voudrais plus en avoir du tout !» Mais cette aspiration n'est pas véritable ; vous n'y aspirez pas réellement. Vous voulez l'esprit, parce que vous voulez la paix et la tranquillité.
La nature a donc deux rôles. Le premier est de vous guider et de contribuer à votre réalisation en yoga en vous donnant une intelligence élevée, la sagesse, la tranquillité, la sublimité, la sérénité, la passivité. La seconde est de vous procurer des expériences sous la forme de la dualité. La nature a donc deux rôles à jouer et c'est pourquoi elle existe.
Mais le yoga n'est-il pas un processus d'involution qui va contre le flux de la nature ?
Non. L'involution ne va pas contre la nature. Non. L'involution et l'évolution sont toutes deux les flux, les rôles de la nature. La nature évolue, et la nature revient sur elle-même.
Pouvez-vous sortir de l'espace, vous échapper de l'espace ?
Oui. Bien sûr ! (rires)
Vous le voudriez, mais pourquoi ? Que se passerait-il si vous vous retrouviez sans l'espace autour de vous ? Vous ne seriez pas là. L'espace est omniprésent, il pénètre tout. Rien ne peut échapper à l'espace. Et donc, rien ne peut échapper à la prakrti ni aller contre elle. Tout est la prakrti, que vous y opposiez ou que vous alliez dans son sens. Que vous alliez avec elle ou contre elle, en fait, c'est seulement dans vos concepts que vous vous opposez à elle. C'est selon certains critères, selon certains principes moraux que vous dites, «ceci est pour, ceci est contre». Mais il n'existe rien de tout cela. Tout est matière. Aller contre la nature elle-même est la nature. Où vous éloignez vous de la nature ?
Vous ne pouvez pas échapper à l'espace, vous ne pouvez pas échapper à la nature ; en fait, vous ne pouvez absolument rien faire contre la nature, parce qu'agir contre la nature elle-même, c'est toujours la nature. Ici, tout est la nature. Être un saint est une nature. Être une brute est une nature. Mais la brute s'oppose à la société et, de ce fait, être une brute n'est pas naturel pour nous : un être humain doit être un être humain. Si un être humain commence à se comporter comme un chien, alors que vous attendez de lui qu'il se comporte comme un être humain, vous en déduisez que ce n'est pas naturel. Pourtant le chien n'est pas non naturel, être un chien est une nature. Mais si un être humain devient un chien et se comporte comme un chien, ce n'est pas naturel.
Vieillir est naturel mais vous avez parlé de rajeunir (pour les yogis). N'est-ce pas anti- naturel ?
C'est aussi naturel. Les yogis subissent le processus du vieillissement, c'est naturel, c'est pourquoi cela se produit, sinon, cela n'arriverait pas. Nous marchons tous sur la piste du vieillissement ; tous, d'un instant à l'autre, nous vieillissons. Mais s'il existe un yogi qui défie le vieillissement ou même rajeunit - devenant de plus en plus jeune -, cela arrive conformément à la nature.
Au début du chapître IV, Patanjali dit : « La nature nous fournit toutes choses en abondance » (IV, 2), mais ce que nous en retirons, c'est le vieillissement, tandis que ce que le yogi en retire, lui, c'est le rajeunissement. La nature contient toutes les potentialités. Elle est la source de toute chose. Si elle contient toutes les potentialités et bien, cela inclut la potentialité de rajeunir, ce qui est le contraire du processus naturel et va contre la nature. Mais si vous ne pensez pas que c'est contre nature, cela ne va pas contre la nature : c'est la nature ! C'est la nature pour un yogi. Et vieillir, c'est la nature pour vous et moi.
Donc, si un yogi rajeunit, vous ne pouvez pas dire que c'est anti-naturel. Pourquoi aller si loin en parlant de yogis, voyez les astronautes : si leur vaisseau se déplace à une vitesse proche de celle de la lumière, ne vieillissent pas, et ils diminuent en taille. D'ordinaire nous rencontrons plutôt des gens qui grandissent, or ils ne grandissent pas. Vous ne verrez personne, à moins qu'il ait une maladie ou qu'il se voûte, diminuer en taille. Un homme ne perd pas de la hauteur, ne raccourcit pas. Cela peut se produire en apparence en cas de maladie, mais si vous voyagez dans l'espace à une vitesse proche de celle de la lumière, vous allez devenir de plus en plus court et vous ne vieillirez pas.
Prenons l'exemple d'un astronaute qui part dans l'espace et y reste pendant 25 ans. Supposons qu'au moment où il est parti, il avait un fils âgé d'un an ; lorsqu'il revient, après 25 ans, il aura toujours 25 ans tandis que son fils aura, lui aussi, 25 ans. S'il revient après 50 ans, son fils aura 50 ans et lui, 25 ans. Le père aura 25 ans et le fils, 50, s'il reste dans l'espace pendant 50 ans, en voyageant à la vitesse de la lumière. C'est ce que nous dit la physique : «rien n'est irréalisable». En de telles circonstances, vous ne deviendrez peut-être pas des yogis mais vous resterez jeunes. Ce sont les indications que nous donne l'astronomie : si quelqu'un voyage dans l'espace pendant une très longue durée, le père sera plus jeune que le fils.
La nature contient tout, toutes les potentialités. La nature est sans limites. Elle n'a aucune limite, de même que l'espace. L'espace est infini. L'univers est infini. La matière est infinie et donc, rien en ce sens, n'est contre nature mais peut le devenir dans un contexte particulier, sociologique, psychologique, biologique ou physique. Certaines choses apparaissent ainsi non naturelles parce que vous rétrécissez le spectre des possibilités, la perspective. Vous considérez l'aspect biologique ou psychologique et vous dites, «ce n'est pas naturel».
Comprenez-le. Vous devez connaître le paradigme selon lequel vous formulez ou postulez des théories selon lesquelles l'homme devrait se comporter comme un homme et non comme un chien. Cela dépend donc d'un certain paradigme, mais vous ne pouvez pas dire que c'est la nature qui est limitée. Vous n'allez donc contre la nature que par rapport à une perspective psychologique particulière, dont vous défiez les règles et les lois. En un sens, vous allez contre la nature, et d'un autre, vous n'allez pas contre la nature. Comprenez ces deux perspectives, pour qu'il n'y ait pas de confusion et que vous ne puissiez pas conclure que j'ai dit que rien n'est non naturel. Il y a des choses non naturelles, mais selon une perspective limitée.
Quand allons-nous commencer le vrai yoga ?
Mais vous le faites déjà. Qu'est ce qui vous fait penser que le yoga que vous pratiquez n'est pas réel ? Qu'est-ce qui vous cause de l'appréhension, du scepticisme et vous fait douter de sa réalité ?
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